Qu'est-ce que la caution ?

La caution est la personne qui s'engage envers le bailleur à payer les dettes du locataire. Il peut s'agir de personnes physiques ou morales (banques, Action-Logement). Le garant doit démontrer des ressources financières suffisantes. La durée peut être déterminée ou indéterminée.

Caution simple ou caution solidaire ?

La loi du 6 juillet 1989 reconnaît deux modalités d'engagement du garant. Le choix entre caution simple et caution solidaire détermine à la fois la procédure de recouvrement en cas de défaillance et les droits du bailleur face au garant.

Caution simple

La caution simple (ou « caution par exception ») impose au bailleur une procédure ordonnée avant de pouvoir se retourner contre le garant. En cas de loyer impayé, le bailleur doit d'abord adresser une mise en demeure écrite au locataire, puis attendre un délai de 15 jours avant de notifier au garant sa mise en demeure. Seulement après ce délai peut-il exiger le paiement du garant. Ce mécanisme protège la caution en lui permettant de vérifier que le bailleur a bien tenté de recouvrer directement auprès du locataire.

Caution solidaire

La caution solidaire renforce les droits du bailleur. Elle supprime le délai de 15 jours : dès la première défaillance du locataire, le bailleur peut poursuivre directement et simultanément le locataire et le garant sans aucune formalité préalable envers le garant. Le garant ne peut pas invoquer de recours contre le locataire pour contester la demande du bailleur. Cette modalité est la plus répandue dans les locations résidentielles car elle offre au propriétaire une meilleure sécurité.

Tableau comparatif

Critère Caution simple Caution solidaire
Formalités préalables Mise en demeure du locataire + 15 jours Aucune formalité
Poursuites possibles Séquence : locataire d'abord, puis garant Simultanée locataire + garant
Sécurité du bailleur Moyenne (délai de 15 jours) Maximale (action immédiate)
Recours du garant Peut contester la mise en demeure Limités (garant se retourne contre locataire)
Fréquence Rare (~5 % des locations) Standard (~95 % des locations)

Quand choisir l'une ou l'autre ?

Caution simple : cette modalité convient aux bailleurs qui souhaitent donner une chance au locataire de se régulariser avant d'impliquer le garant, ou pour des raisons de relations personnelles (parent hésitant). Elle est peu utilisée en raison du délai supplémentaire qu'elle impose.

Caution solidaire : elle est recommandée pour tous les cas standard, car elle offre au bailleur une protection immédiate et une voie de recouvrement parallèle en cas de défaillance du locataire. Elle est largement acceptée par les parents qui se portent garants.

Pour une analyse détaillée des différences légales et pratiques, consultez notre page dédiée : Caution simple vs caution solidaire.

Caution et loyer impayé

Caution simple : nécessite une mise en demeure formelle du locataire, puis un préavis de 15 jours au garant.

Caution solidaire : le bailleur peut contacter l'une ou l'autre partie simultanément.

Le garant peut se retourner contre le locataire pour remboursement.

L'acte de cautionnement : mentions obligatoires et protection légale

La loi encadre strictement les modalités de cautionnement en location. L'acte doit contenir certaines mentions légales, faute de quoi il peut être jugé nul. Cette protection légale vise à éviter les abus et à garantir au garant une compréhension claire de ses obligations.

Mentions obligatoires de l'acte

Selon l'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 (modifiée par la loi ALUR de 2014), un acte de cautionnement doit impérativement contenir :

  • Identité du bailleur et du garant (nom, prénom, adresse, date de naissance)
  • Description du logement loué (adresse, type de bien, références du bail)
  • Montant garanti (loyer mensuel ou plafond annuel garanti)
  • Type de cautionnement (simple ou solidaire)
  • Durée de l'engagement (déterminée ou indéterminée)
  • Modalités de libération du garant (conditions et délais)
  • Avertissement légal en gros caractères : « Vous êtes garanti pour le paiement du loyer et des charges locatives jusqu'à concurrence de [montant]. En signant cet acte, vous acceptez de garantir personnellement et solidairement les obligations du locataire »
  • Absence d'autres garanties cumulées (déclaration qu'aucune assurance GLI ne couvre le même bail, sauf exception étudiants/apprentis)

Risques de nullité

Si l'acte de cautionnement omet une mention obligatoire ou que l'avertissement légal est absent ou insuffisamment visible, un juge peut déclarer l'engagement du garant nul ou partiellement nul. Cela signifie que le bailleur ne pourra pas se retourner contre le garant pour les créances correspondantes.

Exemple : si l'acte ne précise pas que le cautionnement est solidaire, le juge en déduit qu'il est simple, assortissant ainsi la garantie d'un délai de 15 jours et d'une mise en demeure préalable du locataire.

Protections légales du garant

La loi ALUR a renforcé les protections du garant pour éviter les abus. Le bailleur ne peut exiger un cautionnement que s'il respecte ces règles :

  • Pas de cumul GLI + caution solidaire (sauf si locataire étudiant ou apprenti)
  • Plafond du cautionnement : sauf accord contraire, le cautionnement ne peut dépasser 3 mois de loyer charges comprises (pour les locations nues) ou 1 mois de loyer HT (meublées)
  • Limitation de durée : à durée déterminée égale à celle du bail ; à durée indéterminée, le garant peut se désengager par lettre recommandée avec trois mois de préavis
  • Communication de pièces justificatives : le bailleur doit informer le garant de tout incident de paiement et lui donner la possibilité de se retourner contre le locataire

Dispositions pratiques

Pour éviter tout contentieux, le bailleur doit remettre au garant une copie de l'acte signé et lui communiquer les coordonnées du bailleur et du locataire. En cas de doute sur la validité d'un acte, il est recommandé de faire rédiger le cautionnement par un notaire ou un juriste, coût minime comparé aux risques d'invalidité ultérieure.

Risques de la caution

  • Insolvabilité du garant : si le garant s'appauvrit ou devient inactif, il peut ne pas pouvoir rembourser les loyers impayés malgré son engagement
  • Refus ou délai de paiement : même avec un acte de cautionnement, certains garants rechignent à payer et nécessitent une mise en demeure, voire une procédure judiciaire
  • Indisponibilité du garant : décès, déménagement, rupture de relation (parent-enfant) ou perte de contact rendent la recouvrement difficile
  • Défense juridique du garant : le garant peut contester l'acte de cautionnement ou invoquer des vices de procédure (document incomplet, obligation déraisonnable, etc.)

C'est pourquoi la garantie loyers impayés (GLI) reste une protection complémentaire ou alternative pertinente pour les bailleurs.

Que faire en cas d'impayés quand on est caution ?

Être caution engage une responsabilité financière. Il est important de connaître le processus légal de recouvrement, les droits du bailleur et les solutions possibles pour régler une situation d'impayés.

Procédure de recouvrement

En cas de loyer impayé, le bailleur doit suivre une procédure organisée :

  1. Mise en demeure du locataire (mois 0-1) : le bailleur adresse une mise en demeure écrite au locataire par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou acte d'huissier. Cette formalité interrompt la prescription et notifie officiellement le défaut de paiement.
  2. Notification au garant (caution simple) : si cautionnement simple, le bailleur doit aviser le garant par écrit et attendre 15 jours avant d'exiger le paiement.
  3. Demande de paiement au garant : le bailleur peut alors réclamer le paiement directement au garant, par lettre simple, puis par LRAR si le premier appel reste sans réponse.
  4. Procédure judiciaire (mois 2-3) : si locataire et garant refusent de payer, le bailleur peut engager une procédure au tribunal judiciaire pour réclamer le recouvrement. Pour les petits montants (moins de 5 000 €), la procédure d'injonction de payer est rapide ; pour les montants plus élevés, il faut engager un jugement contentieux.
  5. Frais de procédure : huissier, avocat, frais de dossier judiciaire. Ces frais restent à la charge du bailleur en première instance, mais peuvent être réclamés au garant en cas de condamnation.

Droits et recours du garant

Une fois mis en demeure, le garant dispose de plusieurs options :

  • Payer le bailleur : solution la plus simple, qui régularise la situation. Le garant peut ensuite se retourner contre le locataire pour demander remboursement.
  • Se retourner contre le locataire : le garant peut réclamer au locataire le montant qu'il a dû payer au bailleur, avec intérêts légaux. Si le locataire refuse, le garant peut engager une procédure judiciaire contre lui.
  • Contester l'acte de cautionnement : si le garant juge l'acte nul (mentions manquantes, violation des règles de la loi ALUR, etc.), il peut invoquer ce motif devant le tribunal pour échapper au paiement.
  • Invoquer la chambre de compensation : si un litige existe entre locataire et bailleur (non-travaux, troubles de jouissance), le garant peut conditionner son paiement à la résolution préalable du différend.

Prévention et solutions amiables

Avant d'engager une procédure coûteuse et conflictuelle, plusieurs solutions amiables peuvent être explorées :

  • Dialogue précoce : le bailleur doit contacter rapidement le locataire (dès le 5e jour après l'échéance) pour chercher à comprendre la situation et proposer un arrangement.
  • Plan de paiement : si l'impayé est temporaire, un étalement du paiement sur plusieurs mois peut résoudre la crise sans contentieux.
  • Médiation ou conciliation : avant d'engager un procès, les parties peuvent recourir à un médiateur agréé ou à la conciliation civile, procédures gratuite ou peu coûteuse.
  • Appel au garant en cas d'impasse : une discussion directe avec le garant peut aboutir à un accord de paiement sans procédure judiciaire.

Ressources et alternatives

Pour approfondir le sujet des impayés et explorer les protections possibles en tant que bailleur, consultez :

Les alternatives à la caution personne physique

Trouver un garant n'est pas toujours possible. Lorsque le locataire ne peut pas proposer un parent ou un ami solvable, plusieurs solutions alternatives existent, allant du cautionnement public gratuit aux garanties professionnelles payantes.

Garantie Visale (Action Logement) - gratuit

La garantie Visale est un cautionnement public 100 % gratuit, géré par Action Logement. Elle couvre les loyers impayés et les dégradations pendant 36 mois maximum dans le parc privé. Visale s'adresse en priorité aux locataires de moins de 30 ans, aux salariés en mobilité professionnelle, aux apprentis et à certains profils précaires (CDD, intérim).

Avantages : entièrement gratuit, couverture rapide (indemnisation en 15 jours après validation), sérieux de l'intervenant (établissement public). Inconvénients : critères d'accès restrictifs, ne couvre pas les frais de procédure, durée limitée à 36 mois, ne peut pas être cumulée avec une caution solidaire.

Caution bancaire - allocation de fonds

La garantie bancaire consiste à bloquer des fonds sur un compte spécifique (généralement 6 à 12 mois de loyer) que le bailleur peut débloquer en cas d'impayé. Cette solution est très sécurisante juridiquement mais immobilise un capital important pour le locataire et reste peu utilisée.

Avantages : sécurité maximale pour le bailleur, garantie certaine sans démarche administrative. Inconvénients : capital bloqué pour le locataire, peu acceptée par les propriétaires, limite l'accès au logement pour les profils à faibles économies.

Garants digitaux professionnels - paiement locataire

Plusieurs plateformes proposent au locataire de souscrire un cautionnement professionnel payant, qui se substitue à la caution personne physique. Les principaux acteurs sont Cautioneo, SmartGarant et d'autres services similaires.

Cautioneo : frais mensuels de 3,5 % du loyer payés par le locataire, garantie complète incluant loyers impayés et dégradations. Accessible aux indépendants, expatriés et autres profils non éligibles à la GLI ou à Visale.

SmartGarant : frais mensuels de 3 à 3,5 % du loyer payés par le locataire. Modèle similaire à Cautioneo, avec des critères d'acceptation légèrement différents.

Avantages : rapidité d'activation, critères d'accès plus souples que la GLI, neutre pour le bailleur (coût à charge du locataire). Inconvénients : coût mensuel pour le locataire (moins avantageux que la caution familiale gratuite), obligation pour le bailleur de vérifier la solidité de l'entreprise de cautionnement.

Assurance loyer impayé (GLI) - côté bailleur

L'assurance loyer impayé, ou garantie loyers impayés (GLI), est une solution radicalement différente : elle est souscrite non pas par le locataire, mais par le bailleur lui-même auprès d'un assureur professionnel (AXA, Allianz, Groupama, néo-assureurs…). La GLI couvre les loyers impayés, les dégradations et les frais de procédure en cas de défaillance du locataire, sans qu'il soit besoin de demander un garant au locataire.

Avantages : dispense entièrement le locataire de chercher un garant, couverture complète (loyers + dégradations + frais juridiques), déductibilité fiscale pour le bailleur. Inconvénients : coût pour le bailleur (2 à 4 % du loyer annuel), critères de sélection stricts du locataire, délai de carence de 2 à 3 mois avant indemnisation, ne peut pas être cumulée avec une caution solidaire (sauf étudiants/apprentis).

Pour approfondir chaque option, consultez notre guide complet sur l'assurance loyer impayé.

Questions fréquentes sur la caution en location

Oui, rien dans la loi n'interdit à un locataire de se porter garant pour un tiers. Cependant, cela concentre le risque locatif : si le premier logement du garant fait défaut et qu'il doit aussi rembourser pour le second, les dettes s'accumulent. Les bailleurs peuvent demander à vérifier les revenus du garant (au minimum 3 fois le loyer garanti) pour s'assurer qu'il peut honorer ses deux engagements. En pratique, de nombreux propriétaires acceptent les garants locataires à titre de parents proches du locataire (mère, père, grand-parent) si les revenus sont suffisants.

La durée dépend de l'accord conclu : (1) Si le cautionnement est à durée déterminée (identique à celle du bail), il expire automatiquement à la fin du bail. (2) Si le cautionnement est à durée indéterminée, le garant peut s'en dégager à tout moment en notifiant au bailleur une lettre recommandée avec accusé de réception. Ce préavis entraîne généralement un délai d'un à trois mois avant résiliation complète. L'acte de cautionnement doit préciser la durée ; sinon, elle est réputée suivre celle du bail.

Non, une fois l'acte de cautionnement signé, il est juridiquement contraignant. Le garant ne peut pas unilatéralement se rétracter, sauf si le cautionnement est à durée indéterminée (voir question précédente). Il existe cependant des exceptions rares : (1) annulation pour vice du consentement (erreur, dol, violence) ; (2) nullité de l'acte pour défaut de mentions obligatoires (loi ALUR) ; (3) accord amiable écrit avec le bailleur pour libération antérieure. En cas de modification du contrat principal de location (renouvellement, changement de locataire), le bailleur doit généralement demander une nouvelle signature d'acte. Avant de signer, il est donc recommandé de relire l'acte avec soin et de consulter un juriste en cas de doute.

Non, c'est interdit par l'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 (modifiée par la loi ALUR de 2014). Le bailleur doit choisir entre une caution solidaire d'un côté, ou une assurance loyer impayé (GLI) de l'autre. La seule exception concerne les locataires étudiants ou apprentis : dans ce cas, le cumul de caution + GLI est autorisé. Exiger les deux pour un locataire classique constitue une violation légale pouvant entraîner des poursuites et l'annulation rétroactive du cautionnement.

Le standard du marché et des pratiques bancaires est que les revenus nets du garant doivent être au minimum égaux à 3 fois le montant du loyer charges comprises. Exemple : pour un loyer de 800 €/mois, le garant doit justifier d'au moins 2 400 € nets de revenus mensuels. Cette règle des 3 fois le loyer s'applique à l'ensemble des revenus du garant (salaire, pension de retraite, allocations, revenus professionnels, etc.). Pour les garants retraités, des documents justificatifs de revenus réguliers et durables sont demandés. Certains bailleurs acceptent des garants avec des revenus inférieurs si l'apport est plus important ou si plusieurs sources de revenus existent.

Oui, un garant peut se porter caution pour plusieurs locataires différents, à condition que ses revenus lui permettent de couvrir tous les engagements. Cependant, le risque augmente puisque le garant devient responsable des loyers de plusieurs logements. Les bailleurs, conscients de ce risque, peuvent demander à vérifier tous les engagements de cautionnement du garant et à vérifier que le ratio 3 fois le loyer est respecté en cumul. Pratiquement, si un garant se porte caution pour 3 logements à 800 € chacun, il doit justifier d'au minimum 7 200 € nets de revenus. Cette situation, bien que légale, est peu recommandée car elle fragilise la position du garant en cas de crise.

En cas de décès du garant, l'engagement de caution persiste mais s'exerce sur la succession. Le bailleur peut demander indemnisation auprès des héritiers du garant, qui sont tenus du paiement à hauteur de l'actif successoral. Si la succession n'a pas assez d'actif pour rembourser, les héritiers ne sont pas personnellement responsables au-delà du montant de l'héritage reçu. Cependant, le bailleur peut engager une action contre la succession, ce qui ralentit le recouvrement. C'est l'une des raisons pour lesquelles les bailleurs, après le décès d'une caution, demandent au locataire de trouver une nouvelle caution. Avant de se porter caution, il est donc judicieux que le garant envisage un engagement temporaire (durée déterminée) plutôt qu'à durée indéterminée.

Les modalités dépendent du type de cautionnement signé : (1) Cautionnement à durée déterminée (identique au bail) : l'engagement prend automatiquement fin à la fin du bail. Le garant n'a rien à faire, il est libéré de plein droit. (2) Cautionnement à durée indéterminée : le garant peut donner congé à tout moment en adressant une lettre recommandée avec accusé de réception au bailleur. Un délai de préavis (généralement 1 à 3 mois, fixé par l'acte ou par la loi) s'écoule avant la libération effective. (3) Accord amiable : le bailleur et le garant peuvent convenir d'une résiliation anticipée par écrit, par exemple si le locataire trouve une nouvelle caution. En aucun cas le bailleur ne peut obliger le garant à rester responsable au-delà des délais légaux ou contractuels.

Oui, une fois que la caution a payé le bailleur à la place du locataire, elle peut se retourner contre le locataire et demander remboursement, assorti des intérêts légaux de compensation. Les intérêts légaux en matière civile sont fixés à un taux annuel défini par décret (actuellement environ 4 % par an). La caution peut aussi demander le remboursement des frais engagés (huissier, avocat, intérêts de retard) si elle a dû engager une procédure contre le locataire. Pour faciliter ce recouvrement, il est recommandé que la caution adresse une mise en demeure écrite au locataire dès le paiement effectué au bailleur.